Ibenge explique les raisons de ce choix et ses ambitions avec Al-Hilal

Après une saison à la Renaissance Sportive de Berkane (Maroc), avec laquelle il a remporté la Coupe de la Confédération et la Coupe du Trône en 2021-2022, Florent Ibenge a rejoint Al-Hilal au Soudan. Dans un entretien accordé à Sport News Africa, le technicien congolais de 60 ans explique les raisons de ce choix et ses ambitions avec son nouveau club.

Sport News Africa : Votre départ de Berkane a surpris. Vous veniez de gagner deux titres, on ne peut donc pas mettre ce changement de cap inattendu sur le compte de mauvais résultats…

Florent Ibenge : En effet. Les choses se sont déroulées ainsi : il me restait un an de contrat à Berkane. Pour moi, l’idée était de continuer dans ce club, où je me sentais très bien. Et puis, sans que je m’y attende vraiment, Al-Hilal m’a contacté et m’a fait une très bonne proposition, portant sur projet sportif intéressant, un contrat de 3 ans, avec également un salaire attractif. J’en ai évidemment parlé aux dirigeants de Berkane. Ils m’ont dans un premier temps conseillé de discuter avec les dirigeants soudanais. Ce que j’ai fait. J’ai d’ailleurs pu me rendre à Khartoum, afin de me faire une idée plus précise du club, de la ville. Puis j’ai revu la direction de Berkane, et on m’a répondu très franchement qu’elle ne pouvait pas s’aligner sur la proposition soudanaise. J’ai donc accepté d’aller entraîner Al-Hilal.

Avez-vous néanmoins conservé des contacts à Berkane ?

Bien sûr ! Avec la direction, les joueurs, le nouveau staff technique. Notre séparation s’est déroulée dans une ambiance très cordiale, et je souhaite le meilleur à la RS Berkane. C’est un club où j’ai passé une année très riche en émotions, nous avons remporté deux titres, je ne regrette pas du tout cette expérience au Maroc.

À part Al-Hilal, avez-vous eu d’autres propositions ?

Oui, mais comme Al-Hilal s’est montré non seulement le plus concret, mais le plus rapide, je n’ai pas vraiment eu le temps d’étudier les autres propositions.

Le Soudan n’est pas spécialement un endroit qui fait rêver. Cela a-t-il été difficile de convaincre votre famille de quitter le Maroc ?

Ma femme et ma fille de 14 sont avec moi au Soudan, ma fille aînée vit et travaille à Londres. C’est important, pour un entraîneur, d’avoir un équilibre familial. Ma femme connaît les exigences de notre métier, on a toujours une valise prête au cas où… Pour ma fille, ça a été plus difficile. On avait quitté Kinshasa, où elle se sentait bien, pour aller au Maroc. Au bout d’un an, alors qu’elle commençait à trouver ses marques, qu’elle avait ses amis, on lui apprend qu’il faut de nouveau déménager. D’ailleurs, pour l’anecdote, les dirigeants soudanais savaient que ma fille étudiait à l’école française à Oujda, où nous vivions, et ils ont fait en sorte qu’elle soit inscrite à celle de Khartoum. C’est bien la preuve qu’ils voulaient vraiment que je vienne. Aujourd’hui, nous sommes bien installés, dans de très bonnes conditions, je me sens bien, ma famille s’adapte petit à petit. Il faut un peu de temps, on découvre.

Sportivement, comment jugez-vous votre début de saison ?

Al-Hilal est, avec Al-Merreikh, le plus grand club du Soudan. Il n’y a pas d’autres objectifs, au niveau national, que de gagner le titre et la coupe. Au bout de trois journées de championnat, nous sommes en tête, avec trois victoires. Nous avons également atteint la phase de groupes de la Ligue des Champions. Ce ne fût pas simple, que ce soit au 1er tour face aux Éthiopiens de Saint-George (1-2, 1-0), puis aux Tanzaniens de Young Africans (1-1, 1-0). C’était un objectif, nous attendons le tirage au sort, qui aura lieu au mois de novembre. On tombera forcément sur des équipes de valeur. Notre objectif est évidemment de nous qualifier pour les quarts de finale.

«On veut se qualifier pour les quarts de finale de la C1»

Avez-vous pu préparer la saison dans de bonnes conditions ?

J’ai signé mon contrat au mois d’août, je n’ai pas pu participer au recrutement comme je l’aurais souhaité. On a fait venir des joueurs. D’autres, que nous voulions faire venir, n’ont pas donné suite. Ce n’est pas si simple d’attirer des joueurs au Soudan. Mais malgré tout, on a pu faire quelques matches amicaux. J’ai un bon effectif, avec quelques joueurs francophones. Évidemment, les joueurs sont surtout motivés par la Ligue des Champions. Mais il ne faut surtout pas croire que ce sera simple en championnat, j’ai pu m’en rendre compte lors de nos trois premiers matches. On a un effectif assez large pour être présent sur tous les fronts.

N’est-ce pas trop difficile de communiquer ?

Non. Il y a des francophones, je me débrouille en anglais, et j’ai un adjoint marocain qui parle donc arabe et peut traduire certaines consignes. Franchement, ça se passe bien.

Vous avez parlé d’un projet sportif intéressant. Quels en sont les axes principaux ?

Il y a un nouveau comité directeur, qui souhaite renforcer les structures du club. L’objectif est de pouvoir rivaliser avec les meilleurs clubs du continent africain. Cela passe bien sûr par se qualifier tous les ans pour la phase de groupes de la Ligue des Champions.

Al-Hilal est un club très populaire au Soudan…

Oui, je le mesure tous les jours. Les supporters sont de vrais passionnés, ils me reconnaissent dans la rue, demandent des photos ou des autographes, mais sont très respectueux.

Vous avez été sélectionneur de la RD Congo de 2014 à 2019. Aimeriez-vous de nouveau être à la tête d’une équipe nationale ?

Cela fait partie des choses que j’ai dans un coin de ma tête. Mais si cela devait se produire, j’aimerais entraîner une autre sélection que celle de la RDC. Il est d’ailleurs intéressant de constater que si pas mal d’Africains, ou de binationaux, sont à la tête d’une sélection, c’est presque toujours celle de leur pays d’origine. Il y a quelques exceptions, mais ce serait bien que ça évolue.

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